Le Grand Débat : Choisir entre le film couleur Kodak et Fujifilm
Il y a un type d’anxiété spécifique qui vous frappe juste avant de sortir pour un week-end ou une promenade l’après-midi. Vous êtes devant votre réfrigérateur, à regarder votre stock de pellicules, essayant de décider laquelle charger dans votre appareil. Dans une main, vous avez un rouleau de Kodak. Dans l’autre, un rouleau de Fujifilm. C’est comme faire un choix qui va dicter toute l’ambiance de votre journée.
Honnêtement, choisir entre Kodak et Fuji est un rite de passage pour quiconque s’initie à la photographie argentique. Bien que les deux marques aient créé certaines des émulsions les plus belles de l’histoire de la photographie, elles adoptent des approches fondamentalement différentes pour rendre le monde. Voulez-vous une nostalgie dorée et baignée de soleil, ou des tons nets et cinématographiques avec de magnifiques verts et magentas ?
Laissons de côté le jargon trop technique et parlons de ce à quoi ces pellicules ressemblent réellement quand vous récupérez vos scans du labo.
Le look Kodak : chaud, doré et nostalgique
Si vous fermez les yeux et imaginez une photo classique de vacances en famille des années 1990, vous pensez probablement à un rouleau Kodak. Les pellicules Kodak sont célèbres pour leur base de couleur chaude. Elles penchent fortement vers les jaunes, rouges et oranges, ce qui donne à tout une ambiance très ensoleillée et nostalgique.
Kodak Portra (160, 400, 800)
Portra est actuellement le champion incontesté du monde de la pellicule, et ce pour une bonne raison. Elle a été littéralement conçue pour les portraits. Elle a cette incroyable capacité à lisser les tons de peau, les rendant magnifiques quelle que soit la lumière. Le Portra 400 est mon cheval de bataille absolu car il a une latitude d’exposition incroyable. Vous pouvez surexposer de deux voire trois stops, et elle absorbe cette lumière supplémentaire, donnant des ambiances douces, pastel et rêveuses plutôt que des hautes lumières brûlées.
Kodak Gold 200 et Ultramax 400
Ce sont des pellicules grand public, mais ne vous laissez pas tromper par cette étiquette. Le Kodak Gold 200 est une pure magie pendant l’heure dorée. Il fait ressortir des jaunes miel et des rouges profonds et chaleureux. Il a un grain plus visible que le Portra, mais pour beaucoup, ce grain est exactement le look vintage recherché. L’Ultramax 400 est un peu plus froid et punchy que le Gold, ce qui en fait une pellicule polyvalente parfaite pour traîner avec des amis ou se balader en ville.
Kodak Ektar 100
Ektar est la carte sauvage de la gamme Kodak. Elle est incroyablement fine en grain et très saturée. Elle vous frappe presque au visage avec ses rouges vibrants et ses bleus profonds. Je l’utilise rarement pour les portraits car elle peut parfois rendre les tons de peau trop roses ou brûlés par le soleil, mais si vous photographiez des paysages, des voitures ou de l’architecture colorée, Ektar vous donnera des détails et un punch qui imitent presque la pellicule diapositive.
Le look Fujifilm : frais, net et cinématographique
Si Kodak est une soirée d’été chaude, Fujifilm est un après-midi d’automne couvert et un peu mélancolique. Les pellicules Fuji ont généralement une base de couleur plus froide, penchée vers les verts, cyans et magentas. Pendant des années, les pellicules Fuji ont été préférées par les photographes de mode et de paysages pour la pureté de leurs blancs et la beauté avec laquelle elles capturent la nature.
Fujifilm Superia X-TRA 400
C’est la pellicule quotidienne légendaire de Fuji. Superia a un look distinct : ombres profondes, contraste marqué et verts incroyables. Si vous photographiez en forêt, dans un parc ou partout où il y a beaucoup de feuillage, Superia rend ces verts riches et vivants au lieu d’être boueux. Elle a aussi une légère teinte magenta dans les hautes lumières qui lui donne un aspect granuleux et cinématographique. C’est ma pellicule préférée pour les concerts ou les rues éclairées au néon la nuit car elle gère la lumière artificielle de façon très intéressante.
Fujifilm C200
C’est la réponse de Fuji au Kodak Gold. C’est une pellicule économique, mais au lieu de baigner tout dans le jaune, elle garde les choses nettes, fraîches et un peu plus réalistes en conditions de lumière du jour. Parfaite pour capturer la rugosité d’une ville ou photographier par une journée lumineuse et légèrement nuageuse.
L’héritage du Fuji Pro 400H
On ne peut pas parler de Fuji sans rendre hommage au Pro 400H. Bien qu’il ait été officiellement arrêté, on trouve encore des rouleaux périmés qui circulent. Il était le principal rival du Portra, célèbre pour ses verts pastel aériens et ses bleus glacés en surexposition. Il a été la star incontestée de la photographie de mariage pendant une décennie. Si vous mettez la main sur un rouleau, surexposez-le d’un stop et photographiez-le à la lumière douce d’une fenêtre. Vous comprendrez alors tout le battage médiatique.
Comment choisir pour votre prochaine séance
Alors, lequel charger dans votre appareil ? Tout dépend de l’ambiance que vous recherchez et des conditions d’éclairage dans lesquelles vous allez photographier.
- Vous faites des portraits à l’heure dorée ? Prenez Kodak Portra 400 ou Kodak Gold 200. La chaleur du soleil couchant combinée à la base jaune de Kodak crée une magie absolue.
- Vous partez en forêt ou à la montagne ? Essayez Fujifilm Superia 400 ou Kodak Ektar 100. Fuji vous offrira des verts riches et mélancoliques, tandis qu’Ektar fera ressortir le bleu du ciel et les tons terreux.
- Photographier la rue par temps couvert ? J’adore Fuji pour ça. Les tons plus froids correspondent parfaitement au ciel gris, donnant à vos photos une ambiance légèrement sombre et documentaire.
- Vous voyagez et ne voulez emporter qu’une seule pellicule ? Kodak Portra 400 est le choix le plus sûr. Elle gère si bien les éclairages mixtes que, que vous soyez à l’intérieur d’un diner ou sur une plage ensoleillée, vous obtiendrez des clichés utilisables et magnifiques.
Une petite note sur les scanners et les laboratoires
Avant de vous engager définitivement comme « personne Kodak » ou « personne Fuji », il y a un gros point à connaître. Le labo qui développe et scanne votre pellicule joue un rôle énorme dans les couleurs finales de vos images. Un scanner Noritsu produit généralement des résultats un peu plus chauds et doux, tandis qu’un scanner Frontier donne souvent des tons plus punchy, plus froids avec des noirs riches.
Vous pouvez photographier en Kodak et faire scanner pour un rendu froid, ou photographier en Fuji et demander au labo de réchauffer les couleurs. La pellicule est juste votre point de départ — elle fournit la structure du grain et la dominante de couleur, mais c’est votre technicien de labo qui finalise la traduction. N’hésitez pas à parler avec votre labo et à leur dire l’ambiance que vous recherchez.
Parlons équipement : tirer le meilleur de votre pellicule
Bien sûr, la meilleure pellicule du monde ne servira pas à grand-chose si vous n’avez pas un appareil fiable pour la shooter. Que vous vouliez le contrôle précis d’un appareil mécanique à l’ancienne ou la simplicité d’un appareil compact, avoir un matériel que vous aimez vraiment porter est déjà la moitié du travail.
Si vous voulez vraiment maximiser la netteté des pellicules très détaillées comme Ektar ou Portra, je recommande vivement de passer à un appareil à mise au point manuelle solide. Vous pouvez parcourir une excellente sélection de matériel fiable en cherchant un bon appareil reflex qui vous permet de choisir vos objectifs et de contrôler entièrement votre exposition. D’un autre côté, si vous voulez juste glisser un Fuji Superia dans la poche de votre veste pour une soirée entre amis, vous ne pouvez pas vous tromper en prenant un appareil compact rapide et amusant. Et si vous photographiez en mode entièrement manuel, faites-vous un énorme plaisir et prenez un posemètre précis pour ne pas deviner vos expositions — surtout avec la diapositive ou dans des situations d’éclairage difficiles.
Dernières réflexions
Au final, il n’y a pas de mauvaise réponse dans le débat Kodak vs. Fujifilm. La « meilleure » pellicule est celle qui vous donne envie de prendre votre appareil et de sortir. La joie de la photographie argentique réside dans son imprévisibilité et ses imperfections.
Mon plus grand conseil ? Achetez un rouleau de Kodak Gold 200 et un rouleau de Fuji C200. Photographiez-les l’un après l’autre dans des environnements similaires, envoyez-les au même labo et comparez les résultats. Vous comprendrez vite quelle palette de couleurs correspond à votre style personnel. D’ici là, continuez d’expérimenter, d’explorer et de charger ce prochain rouleau.